L'Estartit, nuit du 31 décembre 2011 à 22h

L'Estartit, nuit du 31 décembre 2011 à 22h

Habituellement je préfère parler de plongée sous marine sous l’angle du plaisir pris dans notre activité, dans nos rencontres, sous l’aspect technique parfois, mais très rarement j’aborde le problème de la sécurité vu sous l’angle de l’état d’âme.

Aujourd’hui ce sera l’exception qui confirme la règle.

Cela sera différent, parce que je pense que le plongeur classique des centres de plongée, une fois qu’il a terminé un cursus de formation, s’empresse d’oublier beaucoup de choses, beaucoup trop de connaissances qui sont pourtant essentielles.

Le plongeur moyen, et derrière ce mot de moyen, je caractérise tous les plongeurs, quelque soit leur niveau du plongeur N1 au moniteur ou instructeur, qui se contente de parler plongée autour d’un comptoir, et dont le seul exercice physique est de marcher jusqu’au bateau… Ce plongeur là, et il y en a de plus en plus, ne s’entraîne plus, ne nage plus, ne court plus, ne fait plus d’exercice, sauf le lever de coude le soir venu, suivi du coup de fourchette. Ce plongeur, ne pratique plus les exercices techniques, même élémentaires, parce qu’il est au dessus de tout cela… et qui plus est, il regarde d’un mauvais Å“il, celui qui lui pose des questions sur sa capacité technique, et sa condition physique.

Bien entendu, aucun lecteur ne se sentira concerné, aucun plongeur ne se dira, je rentre dans cette catégorie, aucun membre d’un club ne pensera qu’il connait un ou plusieurs plongeurs qui entrent dans cette description… mais alors, répondez à une seule question :

Pourquoi le CROSSMED, les autorités de santé en France, le DAN et consoeurs nous alertent sur l’augmentation des accidents cardiaques ? Pourquoi autant de décès sur nos côtes sont dus à des infarctus ? Pourquoi les premiers morts de la saison, sont aussi des accidents de type cardiopathies ?

Je ne suis qu’un moniteur de plongée et au travers de mon activité je fréquente des plongeurs, beaucoup de plongeurs de tous les âges, de tous les horizons, de tous les niveaux, d’expériences, mais je suis surpris, inquiet, révolté, indigné quand un plongeur arrive sur nos bateaux avec une surcharge pondérale excessive, avec un souffle court alors qu’il vient de ne porter que sa bouteille (un 15 litres minimum sinon rien bien entendu pour compenser une consommation importante),

qu’il reprend son souffle alors qu’il vient d’enfiler sa combinaison ou qu’il vient de mettre ses bottillons ou ses palmes… Il se met à l’eau, sort où bon lui semble et attend que l’annexe vienne le chercher, il plonge sans cagoule pour le style fun de la plongée, …

Mais sans le savoir il cumule… tension artérielle excessive, alimentation trop riche, sédentarité, protection isothermique insuffisante, … condition physique nulle, …

Bien entendu, vous pensez que j’exagère, que je caricature, mais il n’en est rien.

Je travaille dans une station balnéaire où les centres de plongée sont nombreux, la clientèle diversifiée, mais la communication entre les centres excellentes.

Nous sommes tous, malheureusement, TOUS du même avis, la condition physique de nos plongeurs se dégrade année après année, quant au niveau technique il régresse également… la faute à une politique de développement de la plongée prônée par les autorités compétentes vers la culture du loisir. Or je m’inscrit en faux contre cette pensée dominante qui voudrais que « loisir » soit associée à facilité, laxisme, absence d’exigence.

Plongeurs pensez à ceci : Vous pourriez très bien demain vous retrouver avec un plongeur tel que je l’ai décrit à l’instant, mais vous pourriez peut être aussi être celui ci… les incidents sont de plus en nombreux, et je vous engage à vous demander quelle pourrait être votre réaction à un plongeur qui perd conscience au fond …

Un des derniers incidents sur lequel j’ai du intervenir est celui d’une personne qui a perdu connaissance au palier et son binôme perdu l’a remontée en surface sans savoir quoi faire. J’ai sauté à l’eau pour assister la victime en arrêt cardio ventilatoire… je vous passe la suite, mon propos est ailleurs

A méditer.

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13 Réponses à “Plongée Loisir, vous avez dit Loisir”

  1. Philippe BAUDART dit :

    C`est une evidence. C`est un constat.
    Mais a qui la faute? La Fede, les moniteurs s`acharnent depuis 25 ans a nous expliquer que la Plongee est un « sport pour tous ». On a reduit les profondeurs, les durees sans palier, augmenter jusqu`a la caricature le materiel a immerger (notamment les detendeurs), banaliser sans necessite aucune les combinaisons etanches…..
    Plus de palmage (ou juste pour nous expliquer que nous sommes des plongeurs, et non des nageurs), plus d`aquacite! Quoi, un embout bucal qui prendrait l`eau! Horreur, un moniteur qui arracherait une lunette! Un echange d`embout qui ne serait pas virtuel? Du palmage de sustentation? Descendre a 15m et recapler son scaphandre?
    Banni, idiot, relaps…..pourquoi se faire mal, alors que les usines a gaz imposees par la Fede, conseillees a grand renfort de magazines, de comparaisons techniques pointilleuses par le monde de la plongee nous exonerent si facilement de tout effort.
    Je viens, je le revendique, et je le considere comme une chance du monde des mistralopitheques. Un monde de passionnes qui aimaient l`eau. Nous en avions dans les yeux (et nous savions vider une lunette, et meme la remettre si elle etait arrachee) dans la bouche (et nous faisions le tri) et meme horreur, dans la combinaison en hiver.
    Surement y avait il moins de business, et d`argent a gagner, moins de gentils moniteurs pour expliquer au gentil client aussi aquatique qu`une enclume, que « ce n`est rien, son stab fera le boulot pour lui » pour expliquer a la loche du bar (nettement moins loche une fois dans l`eau) que « l`on se passera du palmage puisque le sondeur nous mettra a la verticale de l`epave »
    Nous avons la plongee, et les plongeurs que nous meritons: des clients assistes, qui s`essouflent de moins en moins, puisqu`ils ne portent meme plus leurs blocs. Le club le fait pour eux!!!!
    Je ne vois aucune raison de revenir en arriere, puisque les assurances n`exigent pas de palmage capele avant la signature d`une police.

    • Patrice dit :

      Je pense que le retour en arrière n’est pas la solution non plus. J’ai connu aussi ce type d’enseignement, mais là n’est pas le problème. Ce qui est plus important, c’est la prise de conscience collective et individuelle, associée à une série de plongées de « remise en forme » pour pouvoir aborder dans de bonnes conditions la reprise de la saison.
      Amicalement,

    • guilcher dit :

      Bonsoir Philippe,

      Es-tu le philippe qui a fait un court passage à Metz dans les années 99/2000 ?
      Bonne soirée

  2. Christian dit :

    Entièrement d’accord avec ces constations.
    Je fais partie des mauvais élèves (exercices physiques), mais je ne me voile pas face, j’en suis conscient. C’est peut être ce qui me sauvera…
    Bonne continuation

    • Patrice dit :

      Christian,
      Le reconnaître est déjà une bonne chose. Je ne peux que vous encourager à marcher sur certains trajets, à monter par les escaliers de temps à autre, pourquoi ne pas aller à la piscine de temps à autre ? en fonction de ce que votre emploi du temps vous permet…
      Même chez vous, des gestes simples permettent d’avoir une certaine activité physique…
      Bonne continuation,

  3. Greg dit :

    Eh oui Patrice, tu as mille fois raison!
    malheureusement, on ne peut que le constater tout simplement en regardant le profil des plongeurs sur les bateaux!
    A bientôt à l’Estartit…

    • Patrice dit :

      Greg,
      Merci pour ton commentaire. Oui nous le constatons mais ce n’est pas à toi qui vient d’entrer dans le monde de l’enseignement de notre activité, que je vais apprendre ce qu’est le stress du DP, qui sur le bateau immerge ses plongeurs sur un site où il y a une pointe de courant de 0,1 noeud.
      Un accident très récent qui a touché un club côtier que je connais, me fait frémir…
      Encore félicitations Greg !

  4. Laurent dit :

    Bonjour, ou plutôt bonsoir;
    J’ai 37 et je pratique la plongée, heu… l’activité subaquatique depuis l’age de 9 ans. J’ai tout d’abord commencé en piscine à faire des séries de longueurs, des séance d’apnée, des allés et retour à la palme avec une planche et une fois par mois la cerise sur le gâteau, une petite immersion dans la zone des trois mètres pendant dix à quinze minutes, etc.. Puis est venu le temps de l’apprentissage de mon brevet élémentaire (c’est pas tout jeune…lol). Une saison à le travailler en piscine et en cours le mercredi soir.
    Après l’examen en poche se fut les premières plongées en lac, tout en douceur. A apprendre à côtoyer le milieu et ses règles.
    L’été touchant à sa fin retour en bassin pour une saison de palmage.
    Cela à continuée jusqu’à mes seize ans, année ou j’ai passée mon premier échelon en lac: décaplage, arrachages de masques, moniteur qui tombe la tête la première dans la vase, feintant une narcose, remontée sans embout, échange de bloc avec son binôme ! bref l’entrainement commando de la fédé.
    A l’age de dix-huit ans je suis entré chez les paras à Bayonne et j’ai découvert les joies des sections de nageurs palmeurs, largage en puma sur la côte basque en pleine nuit, palmage pendant des heures. remontée les égouts de la région pour des excercie d’infiltration et sans combinaison étanche ! Dommage cela aurait été pratique vu l’odeur et l’aspect de l’eau j’ose même pas imaginer ce qui c’est infiltré sous ma 6 mm.
    Tout cela pour apprendre une chose essentiel auprès de mes camardes de la coloniale: ENTRAINEMENT DIFFICILE, GUERRE FACILE !
    Bon de là à faire faire un stage commando à tous les nouveaux venus dans le monde de la plongée, il y a un pas que je ne franchirai pas !
    Mais après quelques années passées au sein du 1er Rpima je suis revenu à ma petite vie civile tranquille et c’est tout naturellement que j’ai poursuivit mes activités subaquatiques. Et oh surprise, le monde de la plongée civile avait changée ! De nouveaux organismes de plongées internationaux venaient apprendre la plongée à tout ceux qui le désiraient. La mondialisation et le commerce de masse naissant dans le milieu du sport et pas que de la plongée, car je pratique beaucoup de sport de montagne par exemple (Haute Savoie oblige), où il y a eu la même révolution. De nouvelles marques avec leurs lots d’innovations, qui je dois l’avouer nous simplifié la tache !
    De nouveaux adeptes son arrivés, ayant en tête de splendides images des exploits de sportifs de l’extrême ou d’aventurier des quatre coins du monde, vu dans de nombreuses émissions, comme Ushuaïa. En oubliant parfois que les hommes et les femmes filmés par les caméras sont de sportifs de haut niveau, qui ne jouent pas à la roulette russe, mais accomplissent parfois des exploits après des dizaines d’années de pratiques intensives de leurs sports.
    Bref tout ça pour dire qu’il ne faut je pense revenir au stage Co., mais peut être, faire comprendre au gens quelque soit le sport qu’ils pratiquent, qu’il y a des paliers et des étapes à respecter, d’autant plus si l’on est pratiquant occasionnel. Que rien ne sert en commençant la plongée par exemple de vouloir passer le niveau I, II et trois dans la même année ! Et que comme tout sport il y a un minimum de physique à maintenir même si par 29 ° en Égypte, on a plus l’impression d’être dans une piscine.
    Enfin et pour terminer, messieurs et mesdames vous qui dirigés des écoles de plongées en France ou à l’étranger, par pitié, ne poussez pas tous vos nouveaux clients à enchainer plusieurs niveaux sur quinze jours voir dix, comme j’ai pu le voir ! Pensez à les informer d’une condition physique minimale !

    • Patrice dit :

      Laurent,
      je partage votre conclusion et salue votre prise de distance par rapport à votre vécu militaire. Cependant, je ne veux surtout pas entrer dans le débat des organismes ou organisations. Ce débat n’est pas le mien. La prise de conscience de sa santé dans une activité comme la notre, concerne chaque plongeur qu’il soit de l’école x ou y ou qu’il n’appartienne à aucune école. Sa santé physique, sa prise de risque, sa Vie, sont les seuls éléments qui me préoccupent. Je précise cela, sans que votre propos n’est engagé le débat sur le sujet (et je vous en remercie), mais je tenais à l’indiquer.
      Merci encore pour votre témoignage.

  5. Tybo dit :

    Salut à tous,
    Les Mistralopythèques et les autres…
    Les plongeurs du dimanche et ceux de tous les jours…
    Les plongeurs de l’été et ceux qui se pèlent le cul en hiver…
    A ceux qui aiment les petits carreaux et ceux qui ne supporte l’eau que salée…
    A ceux qui plongent depuis 20 ans ou depuis hier…
    A ceux qui font 150kg et ceux qui en font 40…
    A ceux pour qui une profonde est à partir de 30m et ceux qui y commencent leur paliers…

    Bref vous m’aurait compris à tous les plongeurs quels qu’il soient, un seul mot d’ordre :
    PLONGEZZZZ !!!!!

    Passez du temps dans l’eau, éclatez vous, régalez vous, mais soyez raisonnable.
    Adaptez votre plongée à votre forme du moment, aux conditions météo, prenez le temps de vous former et celui de vous entrainer…

    A+
    Tybo

    • Patrice dit :

      Salut Tybo,
      Oui et tu vois depuis l’article, 3 accidents hier en matinée sur les Iles, sans rapport entre eux. je te passe les détails, mais cela commence à faire beaucoup !

  6. Serge dit :

    Nickel ! Il faut juste pas oublier le plaisir et que beaucoup de gents en surpoids choissit justement la plongée car elle leurs fait oublier leur handicap de surcharge pondérale. Pour moi je m’adapte au plongeur.le but qu’il soit heureux et oublie son poids , je ne ferais pas de commentaire sur le poids ou état physique des plongeurs , car a se moment là on en fait une activité resevere au athlète et que dire de la plongée Handicap ???. nous somme là pour transmettre notre passion dans les meilleurs conditions de sécurité et de plaisir , je penses qu’an temps que professionnel on doit s’adapter au conditions de nos plongeurs et non l’inverse. Salutaions Serge

    • Patrice dit :

      Serge,
      Je suis d’accord avec votre propos, je ne veux pas d’une plongée réservée à une élite non plus, je veux juste attirer l’attention sur une dérive actuelle sur le comportement des plongeurs vis à vis de cette activité. Que quelqu’un soit en surcharge pondérale n’est pas un critère d’exclusion, mais juste que la personne doit prendre conscience de son besoin de précautions supplémentaires, de ne pas considérer qu’il s’agit de plonger comme n’importe quelle autre personne. La prise en compte de sa propre santé amène une réflexion sur sa pratique par exemple sur les conditions de courant, le choix du nitrox plutôt que l’air, une décompression utilisant des tables ou un durcissement de l’ordinateur… etc. Je ne prone pas du tout la plongée militaire pour les jeunes et les seuls sportifs de haut niveau.
      La plongée handicapée par exemple est une très bonne chose, mais justement ce public spécifique adapte fort bien et naturellement sa pratique… et elle s’entraîne, cette population… donc tout est pssible c’est une question de prise de conscience et de volonté.
      Merci pour votre commentaire Serge.

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